S’appuyant sur un héritage arménien profondément ancré et un engagement constant dans la société civile, de nombreux arméniens de France ont accédé à des fonctions de responsabilité au sein des institutions locales et nationales. Sans jamais renier leur attachement aux causes arméniennes, ils ont contribué à façonner les politiques publiques et à servir l’intérêt général français. En voici quelques figures majeures, dont l’action a marqué l’histoire ou continue d’influencer la vie publique aujourd’hui.
Édouard Balladur
Premier ministre de la République française (1993-1995)
Né en 1929 à Izmir, en Turquie, Édouard Balladur entame son ascension au sommet de l’État après des études à Sciences Po puis à l’École nationale d’administration, dont il sort diplômé en 1957. Il débute sa carrière à l’Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF) avant d’être repéré et recommandé à Georges Pompidou, alors Premier ministre, qu’il rejoint comme conseiller au début des années 1960.
Figure centrale de la haute administration et du courant néogaulliste, Balladur exerce au cours des décennies suivantes plusieurs fonctions stratégiques, notamment comme conseiller d’État, puis comme député de Paris. En 1986, il intègre le gouvernement de Jacques Chirac en tant que ministre de l’Économie, des Finances et de la Privatisation. À ce poste, il engage une politique de libéralisation économique, lance un vaste programme de privatisations et soutient l’idée d’une monnaie européenne unique.
Théoricien d’une cohabitation apaisée entre le président socialiste François Mitterrand et un gouvernement de droite, Édouard Balladur incarne une droite modérée et institutionnelle. Après la victoire de la droite aux législatives de 1993, il est nommé Premier ministre. S’il ne parvient pas à s’imposer lors de ses tentatives ultérieures à la mairie de Paris ou à la présidence de la région Île-de-France, il demeure une figure intellectuelle majeure de la vie politique française.
Auteur de plusieurs essais, dont « Pour une union occidentale entre l’Europe et les États-Unis » (2009), il a été décoré des plus hautes distinctions françaises, notamment la grand-croix de l’Ordre national du Mérite et grand officier de la Légion d’honneur.
Charles Aznavour (1924–2018)
Ambassadeur d’Arménie auprès de l’UNESCO et de la Suisse
Icône mondiale de la chanson, Charles Aznavour fut l’un des artistes les plus aimés des Français. Mais sa voix, son influence et son engagement dépassèrent largement le champ culturel. Porteur d’une renommée internationale exceptionnelle, il mit sa notoriété au service de causes humanitaires et, tout particulièrement, de l’Arménie. Dans les dernières décennies de sa vie, Aznavour s’impose comme l’un des porte-voix les plus audibles de la mémoire arménienne. Il évoque sans relâche le génocide arménien dans ses prises de parole publiques et lui rend hommage dans son œuvre, notamment à travers la chanson « Ils sont tombés ». Engagé sur tous les fronts humanitaires, il participe à de nombreux concerts de bienfaisance et soutient des causes liées à la santé, à l’éducation et à l’aide d’urgence. Après le séisme de Spitak en 1988, il cofonde avec Lévon Sayan l’association « Aznavour pour l’Arménie », qui apporte une aide humanitaire, médicale et logistique aux sinistrés. Durant la guerre du Haut-Karabakh dans les années 1990, il finance la rénovation d’hôpitaux et l’envoi de convois humanitaires. En 2009, il est nommé ambassadeur d’Arménie en Suisse et délégué permanent auprès de l’ONU à Genève, mettant son prestige et son intelligence diplomatique au service des intérêts arméniens et de la coopération humanitaire internationale.
Patrick Devedjian (1944–2020)
Homme politique et militant
Avocat de formation, Patrick Devedjian s’impose dès les années 1970 comme une figure influente de la droite française. Maire d’Antony, député des Hauts-de-Seine pendant plus de vingt ans et président du conseil départemental de ce même territoire de 2007 à 2020, il incarne une carrière politique dense, parfois controversée, mais toujours engagée. Ministre chargé de la mise en œuvre du plan de relance lors de la crise financière de 2008-2010, proche de Nicolas Sarkozy, Devedjian joue un rôle déterminant tant sur le plan local que national. Parallèlement, il demeure l’un des plus fervents défenseurs de la cause arménienne au sein de la classe politique française. Il contribue activement à l’adoption de la loi de 2001 reconnaissant le génocide arménien et participe régulièrement aux commémorations du 24 avril. Son engagement donne une visibilité nouvelle à la communauté arménienne et encourage l’émergence d’une nouvelle génération de responsables publics issus de cette diaspora.
Astrid Panosyan-Bouvet
Députée
Élue députée en 2022, Astrid Panosyan-Bouvet incarne une nouvelle génération de responsables politiques. Issue d’un père arménien et d’une mère norvégienne, elle revendique une identité triculturelle qu’elle met au service de son engagement public. Cofondatrice du mouvement « En Marche! », elle participe activement à l’ascension d’Emmanuel Macron.
Diplômée de HEC Paris, de Sciences Po et de l’université Harvard, elle débute sa carrière dans le conseil stratégique avant d’occuper des fonctions dirigeantes chez AXA, Groupama et Unibail-Rodamco-Westfield. Conseillère du président Macron lorsqu’il était ministre de l’Économie, elle s’impose ensuite comme une figure engagée sur les questions d’inclusion sociale, de logement et de développement durable. Sur la scène internationale, elle défend avec constance les droits de l’Arménie et de l’Artsakh, n’hésitant pas à interpeller les responsables politiques américains sur la responsabilité occidentale face aux crises du Caucase.
Jeanne Barseghian
Maire de Strasbourg
Première maire écologiste de l’histoire de Strasbourg, Jeanne Barseghian incarne une gouvernance locale tournée vers la transition écologique et la justice sociale. Élue en 2020, elle place son mandat sous le signe de l’urgence climatique, du féminisme et de la démocratie participative. Petite-fille de figures arméniennes marquantes, dont l’intellectuel Sarkis Barseghian, assassiné lors du génocide, et de l’écrivaine Perchuhi Partizpanyan-Barseghian, elle revendique pleinement cet héritage. En 2009, elle fonde l’antenne strasbourgeoise de l’association Sevak, dédiée à la promotion de la langue et de la culture arméniennes.
Anouch Dzagoyan-Toranian
Adjointe à la maire de Paris, candidate à la mairie du XVème arrondissement
Juriste de formation et spécialiste des affaires publiques, Anouch Dzagoyan-Toranian est la première Franco-Arménienne à occuper les fonctions d’adjointe à la maire de Paris, en charge de la vie associative et de la participation citoyenne. Engagée de longue date au sein de l’UGAB, qu’elle dirige en France à partir de 2018, elle conjugue responsabilités institutionnelles et militantisme assumé. Lors de la guerre de 2020 en Artsakh, elle pilote une mission internationale d’information réunissant parlementaires, journalistes et personnalités culturelles françaises. En 2023, elle accompagne Anne Hidalgo jusqu’au corridor de Latchine, alors bloqué par l’Azerbaïdjan, contribuant à alerter l’opinion internationale sur la crise humanitaire en cours. Ces initiatives forgent sa réputation de gestionnaire de crise et de figure montante de l’engagement franco-arménien sur la scène internationale.
Cet article a été publié dans les Nouvelles d'Arménie Magazine n°337