mars 02, 2026

L’engagement arménien au cœur de la République

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    CCAF NAM MARS 2026

Ces acteurs publics qui ont façonné les relations franco-arméniennes contemporaines

Dès le Moyen Âge, les premiers Arméniens s’installent à Marseille, jetant les bases d’un lien durable avec la France. Des siècles plus tard, à la suite du génocide arménien, des milliers de survivants trouvent refuge dans un pays dont la devise « Liberté, Égalité, Fraternité »  fait écho à leur quête de dignité, de liberté et à leur volonté de reconstruire une vie brisée par l’Histoire.

Aujourd’hui, la France accueille l’une des diasporas arméniennes les plus importantes, les plus influentes et les plus actives au monde. Lyon, Marseille, Paris, Valence ou encore Vienne se sont imposées comme des centres majeurs de la vie arménienne. Des communes comme Alfortville et Issy-les-Moulineaux abritent également d’importantes communautés, composées de nouveaux arrivants animés par la même ambition que leurs prédécesseurs : devenir pleinement franco-arméniens, fidèles à leurs racines tout en étant profondément attachés à leur pays d’adoption.

Sur l’ensemble du territoire, églises, centres culturels et établissements scolaires arméniens jouent un rôle déterminant dans la préservation de l’héritage culturel et mémoriel. C’est sur ce socle que les deuxième et troisième génération d’Arméniens nés en France s’inscrivent dans la société et accèdent progressivement à la vie publique et politique. En retour, la France a su entretenir une relation singulière avec sa minorité arménienne, marquée par une solidarité constante avec les causes arméniennes contemporaines.

En 2001, elle devient le premier grand pays européen à reconnaître officiellement le génocide arménien. De François Mitterrand à Emmanuel Macron, les dirigeants français ont reconnu la responsabilité morale et historique de la France envers le peuple arménien. En 2019, cette reconnaissance s’est encore renforcée lorsque le président de la République a institué le 24 avril comme Journée nationale de commémoration.

Les racines modernes de l’engagement

Parmi les figures les plus emblématiques de l’engagement franco-arménien se trouve Missak Manouchian. S’il ne fut pas un serviteur de l’État au sens institutionnel du terme, il mit sa vie au service de la liberté, jusqu’au sacrifice ultime, durant l’Occupation nazie de la France entre 1940 et 1944.

Né en 1906 à Adıyaman, dans l’Empire ottoman, Missak Manouchian perd ses parents lors du génocide arménien. Orphelin, il est élevé au Liban avant de s’installer en France en 1925. Il y devient poète, militant et résistant, engagé dans les luttes antifascistes et les mouvements ouvriers. Membre du Parti communiste français, il rejoint ensuite les FTP-MOI (Francs-tireurs et partisans – Main-d’œuvre immigrée), un réseau de résistants majoritairement issus de l’immigration.

À la tête de la branche parisienne du mouvement, Manouchian joue un rôle central dans l’organisation d’actions armées contre l’occupant nazi. Parallèlement, il s’investit dans la presse politique et littéraire, défendant sans relâche les droits des opprimés. Le « groupe Manouchian » se distingue par sa diversité exceptionnelle, rassemblant des Juifs hongrois, roumains et polonais, des républicains espagnols, des antifascistes italiens et des Arméniens unis dans le combat pour la libération de la France.

Arrêtés par le régime de Vichy et la Gestapo, Manouchian et ses compagnons sont torturés, puis remis à la police secrète allemande, la Geheime Feldpolizei. Ils sont exécutés en 1944 au Mont-Valérien. Le régime nazi tente alors de les discréditer à travers la célèbre affiche de propagande dite de « l’Affiche rouge », les présentant comme des terroristes étrangers constituant une « armée du crime ». L’effet est inverse : cette campagne les inscrit durablement dans la mémoire collective comme des symboles de solidarité, de courage et de sacrifice.

Des décennies plus tard, la France reconnaît officiellement leur héroïsme. En 2024, Missak Manouchian et son épouse Mélinée Manouchian, militante engagée à part entière, entrent au Panthéon, rejoignant les grandes figures honorées par la République pour leur courage et leur engagement exemplaires.

CCAF : une voix collective

En 1993, une nouvelle dynamique politique interne à la communauté arménienne vient redéfinir les relations franco-arméniennes. Une coalition de partis politiques et d’organisations communautaires, baptisée « Coordination des organisations politiques arméniennes », voit le jour afin d’unifier les forces arméniennes en France.

L’année suivante, en 1994, est créé le « Comité du 24 Avril », réunissant l’ensemble des grandes organisations arméniennes de France (partis politiques, institutions religieuses et associatives) dans un objectif commun : obtenir la reconnaissance officielle du génocide arménien. Le comité joue également un rôle déterminant dans l’édification du monument Komitas, place du Canada, dans le 8ᵉ arrondissement de Paris.

En 2001, l’organisation prend le nom de « Conseil de coordination des organisations arméniennes de France » (CCAF). L’UGAB joue un rôle majeur tant dans son soutien que dans sa gouvernance. 

Son premier président est Alexis Govciyan, ancien membre du Comité central de l’UGAB et président de l’UGAB Europe, en fonction de 1998 à 2002 puis de 2005 à 2012. Aujourd’hui encore, l’UGAB demeure un soutien actif du CCAF. Nadia Gortzounian, membre du Comité central de l’UGAB et co-présidente de l’UGAB France, occupe actuellement les fonctions de trésorière et de secrétaire générale du CCAF.

Depuis 2012, le CCAF est coprésidé par l’organisateur communautaire Mourad Papazian et le journaliste Ara Toranian, directeur du magazine Nouvelles d’Arménie. L’organisation s’appuie sur trois antennes régionales : le CCAF Île-de-France, le CCAF Centre (basé à Lyon) et le CCAF Sud (présent notamment à Marseille).

Chaque année, le CCAF organise une cérémonie de commémoration du génocide arménien, devenue un rendez-vous politique et symbolique majeur, réunissant responsables politiques, personnalités publiques et figures du monde culturel. Parmi les participants figurent notamment les anciens présidents François Hollande et Emmanuel Macron, Charles Aznavour, Raphaël Glucksmann, le Premier ministre Gabriel Attal, la maire de Paris Anne Hidalgo, ainsi que d’autres figures politiques majeures telles que Xavier Bertrand, Nathalie Loiseau.

La mission du CCAF consiste à représenter et coordonner l’action des organisations franco-arméniennes, à défendre les intérêts arméniens en France et à fédérer la diversité du tissu associatif arménien.

Ces dernières années, le CCAF a renforcé son engagement politique et juridique. En 2023, ses coprésidents rencontrent Emmanuel Macron afin d’évoquer la crise du Haut-Karabakh. En 2025, l’organisation saisit la Cour pénale internationale pour demander l’ouverture d’une enquête visant le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev pour de présumés crimes de guerre et violations des droits humains à l’encontre des Arméniens.

Cet article a été publié dans les Nouvelles d'Arménie Magazine n°337