février 01, 2025

Conférences avec Boris Adjemian, directeur de la Bibliothèque Nubar de l'UGAB

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À travers son initiative « Oral History Matters », l’Université américaine en Arménie (AUA) s’engage activement dans la préservation et la transmission des mémoires arméniennes, en particulier celles issues de la diaspora. En octobre dernier, le directeur de la Bibliothèque Nubar, Boris Adjemian, a participé à trois événements dans le cadre de cet engagement : une visite mémorielle intitulée « De Sepasdia à Sepasdia : sur les traces des mémoires du génocide » et deux conférences dans le cadre de la série de manifestations publiques baptisée « In(Sight) House ». 

« Memory Tour » : une exploration des mémoires du génocide

Le 26 octobre 2024, les membres de l’initiative « Oral History Matters » de l’AUA, Boris Adjemian, directeur de la Bibliothèque Nubar de l’UGAB à Paris, et Julia Cabral Tordeur, doctorante en histoire, politique et patrimoine culturel à la Fondation Getulio Vargas (Brésil), ont effectué une visite mémorielle dans le quartier de Nor Sepasdia, à Erevan, intitulée « De Sepasdia à Sepasdia : sur les traces des mémoires du génocide ».

La visite a été menée par Hourig Attarian, professeure associée au Collège des Sciences Humaines et Sociales de l’AUA, et par Armenuhi Nikoghosyan, membre du groupe Banalik qui vise à promouvoir une étude critique des mémoires en Arménie. Les quartiers de Malatia et Sepasdia à Erevan ont été marqués par l’histoire des migrations au 20e siècle et ont servi de refuge aux Arméniens des villes du même nom dans l’Empire ottoman ayant survécu au génocide avant d’émigrer plus tard en Arménie soviétique depuis la diaspora, au moment du nerkaght. La mémoire de ces quartiers reflète également les affres des répressions staliniennes dans les années 1930-1940 et les cicatrices de la Seconde Guerre mondiale.

Grâce à des enquêtes orales menées auprès des habitants du quartier, à la recherche de mémoires familiales, le projet met en lumière la manière dont des communautés déplacées sont parvenues tant bien que mal à recréer un tissu social à Erevan, tout en conservant et transmettant la mémoire de leurs villes d’origine.

La visite, ponctuée par plusieurs arrêts devant des monuments, d’anciennes usines en déshérence ou ce qui reste de bâtisses ayant abrité des Arméniens « rapatriés » dans les années 1930, est illustrée de manière interactive par des cartes, des récits historiques et des photographies. Les porteurs du projet espèrent pouvoir en faire dans une avenir proche une promenade audio-immersive, afin que les visiteurs puissent explorer indépendamment le district de Malatia-Sepasdia.

« In(Sight) House » : deux conférences avec Boris Adjemian

Oral History Matters, en collaboration avec la bibliothèque Papazian de l’UGAB, à l’Université américaine en Arménie, a également organisé deux conférences animées par Boris Adjemian les 29 et 31 octobre 2024.

Le premier de ces deux événements était organisé à l’occasion de la parution d’une édition en anglais du livre de Boris Adjemian, La fanfare du négus : les Arménien en Éthiopie (paru initialement en français en 2013), dont une traduction vient de voir le jour sous le titre The Brass Band of the King : Armenians in Ethiopia (I.B. Tauris/Bloomsbury, 2024). Le livre met au jour le parcours de quarante orphelins arméniens invités en Éthiopie par le prince héritier Ras Täfäri en 1924. Ces orphelins ont formé la fanfare royale d’Éthiopie, dirigée par un chef d’orchestre arménien, compositeur du premier hymne officiel du pays. Boris Adjemian analyse la manière dont ces Arméniens apatrides et déracinés se sont intégrés dans la société éthiopienne et ont joué un rôle discret, mais significatif, dans la formation de l’État-nation éthiopien.

La seconde conférence s’est penchée sur les contributions littéraires et historiques d’Aram Andonian, journaliste et survivant du génocide, mais également premier bibliothécaire en charge de la Bibliothèque Nubar d e1927 à sa mort en 1951. Boris Adjemian a souligné l’importance de l’œuvre d’Andonian dans l’histoire du génocide et mis en avant ses œuvres littéraires, en particulier sa collection de nouvelles de 1919, Ayn sev oreroun… (En ces jours sombres…). La conférence a exploré la frontière entre littérature et histoire, questionnant la manière dont les textes littéraires peuvent éclairer les récits historiques du génocide.

Cet article a été publié dans les Nouvelles d'Arménie Magazine n°325