Chaque automne, à l’occasion de la London Frieze Week, Londres s’impose comme le centre mondiaux de l’art contemporain. Le temps d’une semaine, la capitale britannique se transforme en une vaste plateforme d’expositions, de vernissages et d’événements culturels, réunissant galeristes, collectionneurs et artistes venus du monde entier. C’est dans ce contexte particulièrement effervescent que les Jeunes Professionnels de l’UGAB Londres (AGBU Young Professionals London) ont organisé Echoes of Armenia, une exposition collective qui se déroulait à l’Old Street Gallery, dans le quartier de Shoreditch.
Pendant deux jours, l’événement a mis en avant le travail de huit artistes arméniens issus de la diaspora. Peintures à l’huile, impressions sur aluminium et photographies composaient un parcours de dix-sept œuvres, explorant les thèmes de la mémoire, de l’identité et de la résilience. Parmi les artistes exposés : Hakob Muradian, Veronika Agavelyan, Karen Babayan, Marc Guiragossian, Eleanor Ekserdjian, Ani Dilanian, Gayane Zargaryan, ainsi que le photographe français Vartan Tanelian. Ce dernier présentait deux clichés en noir et blanc : « Aerial Silk », réalisée à Paris, et « In God We Trust », prise à Los Angeles. Deux oeuvres empreintes d’une même sensibilité, entre tension, instabilité, désir et liberté. Pour Vartan Tanelian, participer à Echoes of Armenia relevait d’un enjeu à la fois artistique et symbolique : « Exposer à Londres dans ce contexte international est un moment important pour un artiste et être porté par une structure comme AGBU Young Professionals London aux côtés d’autres artistes arméniens de la diaspora donnait à l’événement une résonance particulière et une signification profonde. Même si nos pratiques, nos esthétiques et nos parcours sont différents, il existe un lien invisible fait de mémoire, de transmission et d’héritage commun. Cette diversité de regards montre que la diaspora arménienne n’est pas figée, mais vivante, multiple et en constante évolution aux quatre coins du monde. Cela nous donne l’occasion de nous rencontrer, d’échanger, de partager et de renforcer les liens au sein de notre communauté.», confie-t-il. Une dimension identitaire qui se retrouve également dans sa démarche artistique : « Être d’origine arménienne m’a donné une sensibilité particulière, que l’on retrouve dans mon approche photographique, souvent plus suggérée que frontale. Il y a, chez notre peuple, des choses que l’on porte en silence, ce que j’appelle “le secret des Arméniens” : la capacité de continuer à recréer ailleurs, une attention aux traces, aux silences choisis par pudeur, à ce qui subsiste malgré le temps ou l’absence, beaucoup de symbolique et, bien sûr, de l’humour comme bouclier. » Autre artiste présente, l’auteure, dramaturge et commissaire d’exposition Karen Babayan exposait également deux œuvres issues de recherches menées dans l’est de la Turquie pour son prochain roman, The Storyteller of Van : « Je me suis rendue dans la ville de Van et j’ai parcouru l’ancien quartier arménien, entièrement détruit. Mon récit porte sur la défense historique de Van en 1915 », expliquait-elle lors de la soirée d’inauguration, au cours de laquelle elle a dévoilé quelques extraits de son ouvrage à paraître.
Le soir de l’inauguration, les invités, aussi bien londoniens qu’internationaux se sont montrés particulièrement réceptif, confirmant la portée universelle des œuvres présentées : « Beaucoup de visiteurs ont pris le temps de s’arrêter, de poser des questions et de partager leurs ressentis. Les images suscitaient de l’émotion, de la curiosité, parfois même une projection personnelle », raconte Vartan Tanelian. Le lendemain, l’ouverture au public a d’ailleurs permis à de nombreux visiteurs non arméniens de découvrir l’exposition de manière spontanée, renforçant l’ambition de dialogue interculturel portée par l’événement. Au-delà des œuvres, l’exposition s’est également imposée comme un espace de rencontres, tant pour les artistes, qui ont pu échanger autour de leurs projets et de leurs visions créatives, que pour les invités présents. Une dynamique fidèle à la mission des Jeunes Professionnels de l’UGAB Londres, dont le but est de créer du lien et d’accompagner une jeunesse engagée et créative. En mettant en lumière des artistes aux trajectoires diverses, l’exposition Echoes of Armenia a réussi son objectif : valoriser une diaspora arménienne en constante recomposition, où la mémoire devient matière de création et non objet figé.
Cet article a été publié dans les Nouvelles d'Arménie Magazine n°336