L'UGAB m'a fait comprendre qu'il n'était pas nécessaire de parler arménien pour être Arménien. Evidemment, la langue est très importante, mais être arménien, c’est avant tout pour moi un engagement, un sentiment d’appartenance à une cause qui s’inscrit dans une histoire de près de 3 000 ans. C’est un ressenti qui se manifeste évidemment par la culture, la religion, des valeurs, une mémoire commune mais avant tout un engagement et des combats pour un avenir meilleur.
Caroline est membre du comité exécutif des YP Zurich de l'UGAB et en a été la co-présidente de 2020 à 2024. Originaire de France, Caroline vit maintenant à Zurich depuis 10 ans où elle a travaillé dans le secteur bancaire. Elle a récemment évolué en conseil en stratégie et réglementations liées au développement durable.
Comment a débuté votre engagement à l’UGAB ?
Je suis née et j'ai grandi à Valence, l'une des villes françaises les plus arméniennes de France, avec près de 10% de sa population d’origine arménienne. Ma jeunesse a été forgée par la double culture française et arménienne, mes ancêtres étant arrivés en France dans les années 1920. Même si nous parlions principalement français à la maison pour des raisons d’assimilation, j'ai baigné dans des événements arméniens comme les commémorations du 24 avril, les cours de danse traditionnelle à l’église, la kermesse annuelle, ou encore les visites régulières au Centre du Patrimoine Arménien.
Malgré ce double héritage culturel dès l’enfance, c’est mon déménagement à Zurich en 2015 qui a provoqué un sursaut de mon arménité coïncidant avec mon engagement à l’UGAB. Expatriée dans une ville qui m’était inconnue, j’ai éprouvé un fort besoin de retour à mes racines et mes origines. Mes premiers amis zurichois étaient d’origine arménienne. La communauté arménienne de Zurich est certes petite mais très dynamique et dotée de jeunes professionnels hautement diplômés. Il y avait peu d’associations arméniennes en 2020 et mes amis et moi avons senti un manque à combler. C’est pourquoi avec un groupe de six amis dont Elisabeth Istanboulli, Narine Altanian et Kevork Altanian qui sont toujours dans le comité à ce jour, nous avons décidé de créer le comité des YP Zurich, juste avant la pandémie de COVID-19. Les débuts ont été certes difficiles car tous nos événements étaient à distance. Mais lorsque le monde est revenu à la normal, notre succès a été grandissant, grâce au formidable travail de tout notre comité, de notre équipe étendue et des jeunes professionnels qui participent toujours plus nombreux à nos événements.
Enfin, la guerre des 44 jours en 2020 a renforcé mon souhait de m’engager à l’UGAB et pour la cause arménienne en général. Depuis, cet engagement n’a cessé de croître.
Quels aspects de l'organisation vous ont attiré ?
Une des forces majeures de l’UGAB est évidemment sa dimension internationale. La diversité de ses programmes tels que le Global Leadership Program, ANI, AGBU ACT, ainsi que la qualité des événements comme le FOCUS ou les Assemblées Générales sont autant d’opportunités précieuses pour connecter les Arméniens du monde entier et rapprocher la diaspora de la mère patrie.
L’UGAB est non seulement la plus grande association arménienne du monde mais également une organisation avec une structure très professionnelle. Pour quiconque souhaite lancer une nouvelle section ou un nouveau comité, les équipes sont toujours prêtes à aider et fournir de précieux conseils, du matériel et une stratégie commune. Il y a également une vraie entraide entre les différents comités et sections à l’international avec des réunions en ligne régulières.
Pouvez-vous décrire les objectifs de votre comité et de quelle manière celle-ci sert la communauté arménienne locale ?
Notre objectif principal est de développer un réseau professionnel dans lequel les jeunes arméniens de Zurich et de Suisse alémanique puissent se rencontrer et échanger à travers des événements socio-professionnels, éducationnels, culturels et humanitaires.
Depuis notre lancement en 2020, c’est une vraie joie pour toute notre équipe de voir à chacun de nos événements des participants réguliers, mais également de découvrir de nouveaux visages. Les retours que nous recevons sont très positifs et nous montrent que nous avons réussi à créer une plateforme sur laquelle notre communauté aime se retrouver.
Si vous pouviez décrire votre programme en 3 mots, quels seraient-ils ?
Solidarité, networking et pérennité.
Participer à l’effort humanitaire pour l’Arménie et l’Artsakh est extrêmement important pour nous. Nous nous sommes toujours attachés à contribuer aux campagnes de levée de fonds de l’UGAB. Par exemple, nous avons réussi à lever plusieurs milliers de francs suisses pour la campagne YP Cares en faveur des populations déplacées d’Artsakh, lors de notre concert de bienfaisance organisé avec la violoniste Chouchane Siranossian en décembre 2023 à Zurich.
Favoriser le networking et les échanges professionnels au sein de notre communauté a toujours été au cœur de notre mission. Nous faisons en sorte que chacun de nos événements donne la possibilité aux jeunes d’échanger. Récemment, nous avons organisé avec succès des panels de discussion avec des experts et entrepreneurs reconnus tels que Vicken Cheterian et Mike Baronian.
Enfin, si nous avons lancé les YP Zurich, c’est pour que l’organisation perdure. Nous avons renforcé notre comité en recrutant quatre nouveaux jeunes. Nous attachons beaucoup d’importance à la succession, afin que notre équipe de co-fondateurs puisse transmettre le flambeau aux nouvelles générations qui sont tout autant motivées que nous de faire vivre l’arménité à Zurich.
Pourriez-vous nous décrire certaines de vos récentes réalisations et les projets que vous souhaiteriez mener dans le futur ?
Un des projets qui nous rend le plus fiers est certainement le YP Swiss Connect coorganisé avec le comité YP de Genève. C’est dorénavant un rendez-vous annuel qui rassemble sur le temps d’un week-end les jeunes arméniens de toute la Suisse autour d’événements culturels, festifs, levées de fonds et sessions de brainstorming. L’idée nous est venue avec Lerna Bagdjian, présidente des YP Genève, toutes deux très inspirées au retour du FOCUS 2023.
Grâce au travail remarquable de nos deux équipes, nous avons concrétisé l’idée lors de la première édition en octobre 2023 à Genève. La deuxième édition a eu lieu à Zurich en novembre 2024. Ces événements ont rassemblé entre 70 et 80 jeunes de 10 villes suisses et même d’Allemagne, de France et de Belgique. Des personnalités telles que les membres du Central Board Vartkess Knadjian et Camilio Azzouz ainsi que le journaliste et écrivain Avedis Hadjian étaient nos invités d’honneur.
Y’a-t-il une chose que vous souhaiteriez que les gens sachent à propos de l’UGAB ?
Au-delà de l’aspect international de l’UGAB, j’apprécie énormément tous les programmes qui visent à rapprocher la diaspora avec la mère patrie. J’ai eu la chance de participer à trois d’entre eux : le programme Business Mentors où j’ai pu coacher un jeune arménien des Etats-Unis étudiant en finance ; le programme AGBU ACT où j’ai aidé à distribuer des produits de première nécessité aux familles déplacées d’Artsakh ou encore le programme ANI qui m’a permis d’aider une Arménienne d’Erevan à améliorer ses compétences linguistiques en anglais à travers des cours en ligne.
Comment votre engagement au sein de l’UGAB a-t-il forgé votre identité au sein de votre famille, auprès de vos amis et dans votre carrière ?
L'UGAB m'a fait comprendre qu'il n'était pas nécessaire de parler arménien pour être Arménien. Evidemment, la langue est très importante, mais être arménien, c’est avant tout pour moi un engagement, un sentiment d’appartenance à une cause qui s’inscrit dans une histoire de près de 3 000 ans. C’est un ressenti qui se manifeste évidemment par la culture, la religion, des valeurs, une mémoire commune mais avant tout un engagement et des combats pour un avenir meilleur.
Ce retour vers mes racines m’a conduit à reprendre des cours d’arménien occidental, notamment grâce à la plateforme AVC (Armenian Virtual College) de l’UGAB. Il m’a également conduit à agir au quotidien comme une ambassadrice de l’identité et de l’héritage culturel arménien auprès de mes amis et collègues non-arméniens. Ces derniers ont toujours été positivement surpris de constater ma fierté d’appartenance à cette culture. C’est aussi très important pour moi de les inviter à nos événements afin de développer une base solide d’alliés et d’arménophiles.
Sur une note plus personnelle, quelle est votre tradition arménienne préférée ?
Etant très attachée au patrimoine culinaire arménien, j’ai appris aux côtés de mes grand-mères et de ma mère les recettes traditionnelles arméniennes. Il m’est impossible de vous dire quelle est ma recette préférée car je les aime toutes ! Pour moi, la cuisine arménienne est le reflet de l’histoire plurimillénaire de notre peuple au carrefour de différentes civilisations. C’est un miroir de la diversité des ingrédients et des saveurs reflétant des terroirs enrichis par les routes de la soie et les savoir-faire familiaux. Des traditions à entretenir et développer !