décembre 21, 2025

Préserver l’autonomie de l’Église pour renforcer l’unité nationale : l’appel de l’UGAB

L’Église Apostolique Arménienne a joué un rôle crucial dans la transmission et la préservation de notre identité à travers les siècles. En l’absence d’un foyer national indépendant, c’est grâce à Elle que, comme nos ancêtres, nous avons maintenu notre identité chrétienne et arménienne. Aujourd’hui encore, une grande majorité d’Arméniens et de fidèles vit hors d'Arménie, et beaucoup se tournent vers l’Église et le Saint Siège d’Etchmiazin car ils représentent pour eux un repère spirituel commun. Au-delà de son rôle national, notre Église occupe une place singulière dans l’histoire du christianisme. Enracinée dans ses origines les plus anciennes et présente dès le Concile de Nicée, elle continue de contribuer, jusqu’à aujourd’hui, à la vie spirituelle du christianisme à l’échelle mondiale.

Dans ce contexte, Sainte-Etchmiadzine, située sur le territoire de la République d’Arménie mais au service des fidèles du monde entier, est une institution indépendante et doit le rester, à l’abri de toute ingérence extérieure. Tous — clercs, responsables politiques ou citoyens — ont le droit légitime d’exprimer leurs opinions. Toutefois, la gouvernance de l’Église apostolique arménienne doit relever exclusivement de ses propres règles, héritées de siècles de tradition spirituelle.

Depuis toujours, la diaspora arménienne a trouvé dans le Saint-Siège de Sainte-Etchmiadzine et dans la continuité de ses Catholicos un point d’ancrage spirituel et un facteur d’unité nationale. Avant comme après l’indépendance de l’Arménie, ce lien a permis de maintenir une cohésion essentielle entre la patrie et sa diaspora.

L’Union Générale Arménienne de Bienfaisance (UGAB) est l’une des expressions les plus fortes de cette relation. Fondée en 1906 au Caire, l’UGAB n’a cessé d’agir concrètement aux côtés de l’Arménie. Par l’engagement de ses membres et le soutien de ses donateurs, elle a apporté sa contribution dans le domaine de l’éducation, ainsi que le développement socio-économique, la vie culturelle, comme elle a toujours repondu aux appels humanitaires. Elle a aussi contribué au soutien du développement d’infrastructures durables et au renforcement d’institutions clés, participant ainsi à la solidité et à la résilience de l’État arménien.

En tant que membres du Conseil Central de Direction de l’UGAB et membres de son Conseil d’Administration, porteurs de la voix d’Arméniens issus de toutes les régions du monde, nous nous inscrivons dans la continuité des appels récemment exprimés par les chefs de l’Église Apostolique Arménienne. Sa Sainteté Catholicos Aram I, de Cilicie, le Patriarche de Jérusalem Sa Béatitude Mgr. Nourhan Manougian, le Patriarche de Constantinople Mgr Sahak II Mashalian et l’Archevêque Khajag Barsamian, délégué du Saint Siège auprès du Vatican ont, chacun avec gravité et sens des responsabilités, appelé à l’unité du clergé ainsi qu’au respect de l’intégrité et de l’autogouvernance de l’Église Apostolique Arménienne et du Saint-Siège. Leur message est clair : l’Église doit pouvoir exercer pleinement son autogouvernance, dans le respect de son droit canon et de ses traditions.

Nous sommes à un moment charnière. Les discours actuels sur l’avenir de l’Église arménienne font peser un risque réel de division parmi les fidèles, en Arménie comme en diaspora. Cette crise, qui aurait pu être évitée, fragilise l’ensemble des Arméniens et altère les liens entre la République d’Arménie et sa diaspora.

Face à la situation, nous faisons le choix d’avancer ensemble vers l’avenir, plutôt que de rester prisonniers du passé recent: tel est l’esprit de notre démarche, fondée sur la réconciliation. Des paroles et des actes, intentionnels ou non, ont contribué à affaiblir la crédibilité de l’Église apostolique arménienne comme celle des autorités publiques. L’heure appelle désormais à la responsabilité. Le pardon, au cœur du message du Christ et de la tradition de l’Église Apostolique Arménienne, constitue une condition indispensable pour renouer le dialogue et rebâtir la confiance.

Dans cet esprit, il est essentiel que les lignes soient clairement tracées. À la République d’Arménie d’exercer pleinement sa gouvernance, dans le respect de sa Constitution et de la volonté de ses citoyens ; à l’Église apostolique arménienne de conduire ses propres processus internes, y compris toute réforme ou évaluation nécessaire, conformément à ses règles et à ses traditions. Cette distinction, qu’elle soit formalisée ou non dans les textes, doit s’imposer dans les faits. Elle est dans l’intérêt de l’Arménie comme de l’ensemble des Arméniens, car elle renforce la crédibilité de l’État sur la scène internationale en affirmant son respect de l’indépendance de l’Église.

Nous avons déjà appelé les plus hautes autorités du clergé, à travers le monde, à maintenir une distinction claire entre responsabilité spirituelle et engagement politique. Nous appelons désormais le gouvernement arménien à respecter pleinement l’autogouvernance et l’autonomie de l’Église Apostolique Arménienne.

Fidèles à la conviction de l’UGAB que l’unité fait la force, et animés d’un profond respect pour ces deux institutions indispensables à l’équilibre et à l’avenir de notre nation à l’échelle mondiale, nous sommes prêts à contribuer à l’ouverture d’un dialogue constructif entre elles.

L’Histoire nous oblige : le temps est venu de faire le choix de la réconciliation.