• 91e Assemblée Générale de l’UGAB : Remarques du Président Setrakian

91e Assemblée Générale de l’UGAB : Remarques du Président Setrakian

3 mars 2021

Nous nous réunissons aujourd’hui dans des circonstances exceptionnelles. 

Pour la première fois dans notre histoire, nous tenons cette Assemblée Générale en ligne.

Grâce à la technologie, nous sommes aujourd’hui en mesure de rester en contact les uns avec les autres.

Nous avons collectivement été impactés par la pandémie de coronavirus qui n’a épargné aucun pays, ni aucune de nos communautés – et a fauché tant de vies. 

Nous continuons de célébrer la vie et prions pour que nos vies reviennent à la normale, dans un avenir proche.

La vie au sein de la communauté de l’UGAB n’a jamais cessé. Nous avons poursuivi notre mission en développant de nouveaux programmes qui répondent tant aux attentes de notre jeunesse qu’aux évènements mondiaux – en particulier ceux qui ont impacté notre peuple.

Mes collègues membres du Conseil d’administration communiqueront dans quelques instants le détail des données financières, ainsi que toutes les informations relatives aux programmes et activités des années 2018 et 2019. Au cours de cette période biennale, il m’est cher de mettre en lumière les grandes réalisations de l’UGAB, rendues possibles grâce aux efforts et à l’engagement de chacun d’entre vous. 

Ces deux années furent marquées par des séquences internationales de haute importance et des succès collectifs qui ont permis un développement rapide de notre Nation dans son ensemble. Il nous semblait alors que nous avions le monde entier derrière nous et que nous récoltions enfin les fruits de nos efforts. 

Hélas, après des années marquées par une impulsion formidable et d’impressionnants progrès, 2020 restera marquée comme une année extrêmement douloureuse pour nous tous. 

Si la pandémie n’a ébranlé ni notre esprit ni notre engagement indéfectible au service de nos missions de bienfaisance, nous constatons aujourd’hui avec clarté que le premier semestre de cette année n’était qu’une préfiguration des défis auxquels nous faisons face. 

En août, les Arméniens du Liban ont dû faire face à l’impact et aux conséquences désastreuses de l’explosion majeure du port de Beyrouth. Celle-ci a durement frappé les quartiers arméniens de la ville, où vit une partie importante de notre communauté. 

Pour y répondre, notre communauté a témoigné d’une mobilisation encore plus intense, faisant figure d’exemplarité pour tous ceux engagés en faveur de l’intérêt général. 

En quelques heures, l’UGAB Liban a mis en place une infrastructure d’urgence bénévole, épaulée par nos équipes dévouées et par notre impressionnant réseau de scouts. 

Ils se sont immédiatement mobilisés pour déblayer et reconstruire des maisons (déjà près de 400), leur permettre de se nourrir et faire don de leur sang afin de secourir les blessés. 

Ce travail fut rendu possible par l’unification de nos efforts, de nos volontés et grâce à tous ceux qui les ont soutenus par le biais de levées de fonds rapides et importantes. Pour nous tous, vous voir œuvrer ainsi, main dans la main, était une véritable inspiration – votre action est la digne héritière de la vision de nos fondateurs. 

A peine avions-nous déblayé les cendres de l’explosion de Beyrouth, que la nation arménienne faisait face à l’un des moments les plus sombres de son histoire moderne : la guerre – qui nous a tous impactés par-delà les frontières et laissera derrière elle des blessures qui mettront beaucoup de temps à guérir. 

Le 27 septembre, une attaque d’une violence inédite, menée par les forces azéries et soutenue par la Turquie, tant militairement que par l’appui de ses services de renseignement, a entrainé la perte d’une grande partie de nos terres historiques en Artsakh. Plus tragique encore, cette guerre a causé la mort de près de 5 000 soldats et en a blessé plus de 10 000 autres. Ils étaient le cœur battant de notre jeunesse, chacun détenait en son cœur une vie précieuse, à jamais altérée par l’injustice de la guerre.

En leur mémoire, et pour que leur sacrifice ne soit pas vain, il est de notre devoir d’unir nos forces et nos moyens pour relever la tête et les défis qui nous attendent. 

L’avenir de l’Arménie est en jeu aujourd’hui.

En faisant corps et en restant unis, en mettant nos forces individuelles au service du collectif avec espoir et foi, nous construirons ensemble un avenir radieux pour la nation arménienne.

C’est dans l’adversité que chacun se révèle. 

Notre peuple a toujours su faire preuve de résilience. Nous survivrons, comme nous l’avons toujours fait depuis les temps ancestraux, malgré massacres et persécutions, en dépit des traumatismes et des désolations. 

Malgré les épreuves de son histoire, notre nation reste vivante, vibrante et fière de son histoire.  

Comme l’écrivait justement William Saroyan : « Je voudrais voir quelle force au monde peut détruire cette nation ». Nous sommes de ceux qui déterminons, et qui assurent, la survie et la force de notre peuple.

Depuis plus d’un siècle, l’UGAB a été la pierre angulaire de notre nation éparpillée aux quatre coins du monde, engagée dans le soutien humanitaire mais surtout dans la sauvegarde de notre développement et de notre intégrité nationale. Lorsque le sort de la nation arménienne est en jeu, comme c’est le cas aujourd’hui, nous devons agir en tant qu’organisation nationale, soucieuse de préserver la sécurité et l’avenir de notre nation. Notre mère patrie est le gage de la pérennité de notre peuple, le fondement de notre foi, le garant de notre culture et de la perpétuation de notre identité. 

Tout au long de son existence séculaire, et en particulier aux moments clés de notre histoire, l’UGAB a constamment joué un rôle primordial dans la vie de notre nation et ce, bien au-delà de sa mission philanthropique. 

Dès les prémices de son histoire, son fondateur Boghos Nubar Pacha prenait la tête de la délégation nationale arménienne lors de l’édification du Traité de Sèvres, défendant les droits d’une Arménie indépendante au cours des différentes négociations avec les grandes puissances européennes de l’époque au début du XXe siècle, aboutissant au Traité de Sèvres du 10 octobre 1920. Il fut à l’origine, alors que l’Arménie soviétique prenait forme, de l’établissement d’un centre médical dès 1924 – dans la pire période du communisme – et de la création de Nubarashen en 1931, une ville qui compte aujourd’hui plus de 12 000 habitants. Au milieu des années 1930, notre président Calouste Gulbenkian entretenait des relations étroites avec les dirigeants soviétiques pour maintenir le bureau de l’UGAB en Arménie et ainsi secourir et répondre aux besoins de son peuple et sauvegarder les intérêts du Saint Siège d’Etchmiadzin.

[Notre directeur exécutif alors à Erevan a été tué par les Soviétiques, mais nous avons persévéré].

Le Président Arshak Karagyozian, a quant à lui eu la responsabilité d’organiser le soutien financier de l’UGAB pour le rapatriement des Arméniens de diaspora occidentale en 1946/1947 au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et au plus fort de la guerre froide, sécurisant ainsi la République soviétique, et par voie de conséquence ce qui deviendra l’Arménie indépendante. Chacun de ces moments clés de notre histoire ont exigé de nos prédécesseurs vision et leadership. C’est grâce à leurs actions et à leur courage, que nous pouvons nous enorgueillir du rôle capital joué par l’UGAB dans l’histoire de notre nation, et dans sa survie.

De même, du temps de notre président Alex Manoogian, alors que notre Eglise courait le risque de séparatisme, l’UGAB adopta la position de reconnaître le Saint Siège d’Etchmiadzin comme le centre spirituel de l’Église, convaincue qu’une Église nationale ne pouvait survivre et prospérer que sur le sol arménien. De même enfin, lors de l’intervention historique de notre présidente Louise Simone au lendemain du tremblement de terre de Spitak en 1988 et surtout de la première guerre du Karabagh, prêtant main forte à notre Nation. Elle a initié et réussi la création de l’Université américaine d’Arménie qui a formé de nouvelles générations et est aujourd’hui l’une des institutions les plus respectées du pays.

Cet héritage historique nous guide pour répondre aux défis et problématiques d’aujourd’hui. La direction de l’UGAB, sérieusement préoccupée par les dangers auxquels notre Nation est confrontée, a appelé le peuple arménien, où qu’il soit, à s’unir et s’engager pour apporter son soutien et son expertise et mettre à profit son engagement à bâtir l’avenir de notre Nation, au vu des récents évènements.

Nous avons lancé un appel afin qu’une équipe indépendante d’experts compétents d’Arménie et de diaspora s’unisse pour former un gouvernement et définir une feuille de route politique. Les parlementaires et dirigeants de l’Arménie, ceux du passé comme ceux du présent, devraient mettre leurs intérêts partisans de côté et soutenir un tel leadership renouvelé, pour restaurer la confiance de la nation et de la communauté internationale, et ainsi inverser le sentiment de détresse que cette guerre a créé au détriment de l’Arménie et du peuple arménien. 

Ils devront adopter et mettre en œuvre un ensemble de politiques pertinentes et coordonnées à commencer par le développement de compétences diplomatiques et politiques pour permettre la survie de l’Arménie sur le long-terme et déterminer sa place dans un environnement géopolitique nouveau. Ils devront se concentrer davantage sur la mise en place de programmes socio-économiques effectifs, à court et long terme, qui pourront soutenir l’infrastructure du pays et sa population.

Chacun d’entre nous, individuellement et collectivement nous devons œuvrer à établir ce leadership, tant moral qu’exécutif, qui puisse unir le pays et le remettre sur la voie de la prospérité. Nous avons besoin d’une nouvelle génération, mature et expérimentée, éduquée et formée, prête à servir et à prendre en charge le destin de notre nation. L’UGAB mettra son réseau et sa force pour rassembler ces experts et leur donner les moyens et l’envie de travailler de concert, sans esprit de concurrence.

Nous restons fidèles à l’Église arménienne, qui aujourd’hui comme au cours des siècles, est demeurée un bastion de notre foi, de notre culture et de notre survie. Nous appelons les Arméniens du monde entier à soutenir notre Église nationale comme l’institution qui porte et défend notre précieux héritage spirituel, véritable phare qui éclaire et guide notre communauté internationale. Bien qu’il soit aujourd’hui remis en question, l’enseignement de l’histoire de notre Église dans les programmes scolaires des écoles publiques arméniennes demeure une nécessité, car elle constitue deux mille ans de notre histoire nationale.

Nous demeurons optimistes pour l’avenir. Nous sommes convaincus du rôle prédominant de l’UGAB dans la sauvegarde et la consolidation du noyau de notre nation, en diaspora comme dans notre mère patrie. La réussite de notre mission requiert l’engagement de chacun d’entre vous, car ce n’est que par la force du collectif que nous relèverons les défis auxquels nous faisons face. Ce n’est que par la mise en commun de nos forces que nous parviendrons à rétablir la prospérité et la stabilité nationale à laquelle nous aspirons profondément. 

A cette occasion, j’invite toutes nos sections locales et tous nos membres à travailler en collaboration plus étroite avec le Conseil central et les différents comités régionaux. Apportez votre expérience, vos idées, votre énergie pour créer des programmes innovants. N’attendez pas que les initiatives viennent d’en haut. Explorons ensemble de nouvelles voies et faisons preuve d’initiative. Il se peut que nous ne soyons pas toujours d’accord sur tel choix ou tel résultat. Mais nous prenons toutes nos décisions avec bonne foi, dans le but ultime de servir l’intérêt suprême de notre peuple. Il nous faut accorder le bénéfice du doute aux dirigeants et aux membres de notre communauté, les considérer avec sympathie et gratitude, et les soutenir – car dans notre unité réside notre force. 

Nous sommes fiers que l’UGAB soit restée fidèle à sa tradition – mettant notre engagement au service de la solidarité – et qu’elle bénéficie depuis son origine d’un éminent respect et d’une immuable confiance aux quatre coins du monde. Cette confiance qui nous honore, nous l’avons gagnée au prix de de nos efforts grâce à plus d’un siècle de vision, d’efforts et de réalisations, s’adaptant constamment aux besoins de notre peuple. Aujourd’hui, comme hier, il n’en est pas autrement. Nous intensifierons nos actions, nous innoverons et nous façonnerons un avenir que nous pourrons porter collectivement avec fierté.

Nous devons travailler main dans la main pour soulager les blessures de notre Nation.

Une fois de plus, je vous remercie tous pour votre soutien constant et votre engagement indéfectible au service de notre grande organisation. Vous êtes ceux qui permettent à l’UGAB d’être l’institution respectée qu’elle constitue aujourd’hui.

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