• Débat avec Bernard-Henri Lévy : « Erdogan finira dans la poubelle de l’histoire »

Débat avec Bernard-Henri Lévy : « Erdogan finira dans la poubelle de l’histoire »

30 mai 2018

A l’occasion de la sortie de son ouvrage L’Empire et les 5 rois, Bernard-Henri Lévy assurait avoir envie de le présenter à trois communautés en priorité : les Juifs, les Kurdes et les Arméniens. Ce fut chose faite le 25 avril dernier à l’invitation des Nouvelles d’Arménie Magazine, et ce dans les locaux de l’UGAB Paris. Pendant près de 2h, le philosophe et écrivain a expliqué sa lecture des barbaries contemporaines, en particulier celles liées à l’Empire ottoman et à la Turquie, mettant en avant son rejet du fascislamisme turc face à une centaine de personnes très attentive, qui ont pu posé des questions à l’issue de cette conférence et faire dédicacer leur ouvrage.

Pourquoi venir présenter cet ouvrage aux Arméniens, lui a demandé Ara Toranian, rédacteur en chef des Nouvelles d’Arménie Magazine, pour démarrer cette discussion. “La médaille que j’ai reçue de vos mains il y a 3 ans au dîner du CCAF, je l’ai reçue avec une vraie émotion, sans paroles en l’air“, s’est souvenu Bernard-Henri Lévy. La rencontre du 25 avril était ainsi l’occasion d’exprimer sa reconnaissance vis-à-vis du peuple arménien, mais aussi de mettre en lumière l’un des fils principaux de l’ouvrage : la question de la Turquie et de la résurgence de la tentation ottomane aujourd’hui. S’il avoue avoir fait partie au début de ceux qui ont cru à l’arrivée d’Erdogan, il pense clairement aujourd’hui “que le panturquisme est à la base de son régime“. S’il a eu l’idée de l’ouvrage L’Empire et les 5 rois lors d’un voyage au Kurdistan, l’écrivain en appelle à la solidarité entre “les peuples en trop“, les “incomptés par les nations“.

Valérie Toranian, directrice de la Revue des deux mondes, a quant à elle interrogé Bernard-Henri Lévy sur les relations entre Trump et Macron, et la place de la Turquie dans celles-ci.

La thèse de mon livre, a avancé le philosophe, c’est qu’il y a aujourd’hui cinq maîtres-chanteurs dans le monde, dont les deux plus pervers sont Erdogan et Poutine. Or, ils sont dans une alliance pas contre-nature, mais contre-historique“. Regrettant que peu de monde ne s’en soucie : “L’Europe se couche face à cela, c’est ce que j’écris dans ce livre, c’est pour ça que je suis révolté“.

Avant de nous faire une confession : “Si je devais mourir demain, il y a une chose dont j’aurai honte, pour moi : c’est de ne pas avoir su convaincre de la nécessité d’intervention en Syrie“. Comparant les situations entre la Libye et la Syrie, “d’un endroit où l’on est intervenu et un où on n’est pas intervenu“.

Ara Toranian l’a alors interrogé sur Bachar Al Assad, perçu par les minorités chrétiennes comme un protecteur face aux Islamistes. Il s’en sert comme bouclier stratégique et bouclier humain a estimé Bernard-Henri Lévy. Quelle attitude adoptée face à ça ? “Une tutelle internationale pendant un temps donné ? Ça rappellera de mauvais souvenirs, mais si c’est le prix à payer…“ a-t-il tenté, ajoutant que leur sort constituait une priorité absolue.

Journaliste au Monde, Gaïdz Minassian a ensuite pris la parole, se faisant dans un premier temps l’avocat du diable : “Ces cinq rois dont vous parlez – en Chine, en Turquie, en Iran, en Russie, dans le monde arabe – n’ont-ils pas des raisons d’en vouloir à l’Occident ?“. Ce à quoi Bernard-Henri Lévy a rétorqué : “Si j’étais Turc, je me sentirai plus humilié par Erdogan que par les Occidentaux !“. Mais l’auteur assure ne pas être désenchanté, ne pas avoir perdu courage – pour preuve la parution de ce livre qui se clôt par un message plein d’espoir, “mais avec quelques larmes de mélancolie, dédiées aux Kurdes“ – déclarant sous les applaudissements : “Erdogan, je pense qu’il finira dans la poubelle de l’histoire“.

Selon lui, c’est à l’Europe de reprendre le flambeau, puisque les Etats-Unis sont un peu en retrait, ces derniers affirmant en parole que l’Iran est son pire ennemi, mais en lui laissant un tel cadeau en Syrie, notamment à Afrin. Le problème : “Comment reprendre le flambeau s’il n’y a pas de solidarité entre les pays européens ? Oui, il y a une guerre de civilisation au sein de l’Europe, et c’est cette bataille qu’il nous faut aujourd’hui mener“.

Enfin, interrogé par une personne présente sur le rôle des Kurdes lors du génocide arménien, Bernard-Henri Lévy s’est dit content de finir sur cette question : “C’est vrai que les Kurdes ont été les sicaires du génocide des Arméniens, a-t-il concédé. Mais les Kurdes – en tout cas d’Irak – l’ont avoué, se sont repentis, ne sont pas dans le négationnisme“. C’est pour cette raison que la chaîne de solidarité des ébranlés doit aujourd’hui se mettre en place. Il en a d’ailleurs appelé à la reconnaissance par Israël du génocide des Arméniens, en appelant à la “solidarité profonde des peuples en trop“.

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Claire ©armenews.com

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