• Discours du président de l’UGAB Berge Setrakian lors de la 90ème Assemblée Générale

Discours du président de l’UGAB Berge Setrakian lors de la 90ème Assemblée Générale

12 février 2019

C’est un privilège d’être parmi vous à nouveau et de m’adresser à vous en tant que président de notre chère organisation. Merci de votre présence en cette importante occasion. 

L’attachement des Arméniens pour la France remonte loin dans l’histoire. L’UGAB se sent chez elle à Paris de bien des façons. Nous connaissons tous le legs de notre fondateur, Boghos Nubar, et son affinité pour cette ville, qui a inspiré les idées les plus avant-gardistes de son temps. C’est ici qu’il a pris position avec la Délégation nationale arménienne. C’est ici qu’il a transféré notre organisation, après l’ère de dévastation la plus tragique qui soit, et c’est ici que repose sa dépouille. C’est également ici que nous nous retrouvons pour la 90e fois, en tant qu’organisation unifiée. Je m’imagine que lui et les autres cofondateurs admirent notre dévouement constant pour la nation arménienne, tant d’années plus tard. 

Je voudrais saisir cette occasion pour remercier l’UGAB-France d’avoir accueilli ceux parmi nous qui ont parcouru de grandes distances, afin de réaffirmer, une fois de plus, que l’UGAB est aussi dynamique et utile qu’elle l’était il y a 113 ans.

Dynamique et utile. Deux mots clefs qui en sont venus à décrire et à mesurer notre succès en tant qu’organisation. Ce sont des traits qui permettent également d’évaluer la situation des personnes que nous servons, la qualité des dons et des partenariats que nous suscitons et l’efficacité des dirigeants auxquels nous confions la tâche de maintenir nos communautés investies, motivées et unifiées.

Nous sommes dynamiques en tant que peuple et en tant qu’organisation, dotés d’énergie positive et de détermination. Nous avons à la fois la force intérieure et la confiance pour collaborer avec le reste du monde, comme partenaire apprécié et respecté. Quant à l’utilité, nous avons prouvé par nos activités au cours du siècle dernier, renforcées par notre action ces dernières années, que notre organisation conserve toute son utilité, du fait qu’elle se met au service des communautés locales, de la nation arménienne et de la société en général.

En d’autres mots, nous avons démontré tant la droiture de nos intentions et l’intégrité de nos objectifs que la souplesse et la polyvalence de nos idées et de nos actes.

Nous ne devons pas pour autant nous croiser les bras. Il nous faut continuer d’être utiles et de défendre les intérêts arméniens. Nous devons être dans un état d’évolution constante et nous demander à tout moment : tenons-nous compte des préoccupations de chaque génération ? Abordons-nous les questions mondiales ? Et surtout, pouvons-nous amplifier notre voix en tant que peuple uni, et ajouter foi à la notion d’une « petite république tournée vers l’extérieur? »

Ces questions doivent être posées non seulement au sujet de l’état de l’UGAB mais aussi de toutes les questions arméniennes, sur les plans local, régional et national.

Depuis notre dernière réunion en 2016, le monde a changé encore plus rapidement, ce qui a poussé notre organisation à réagir face à des événements imprévus, en tant que dirigeants, concepteurs de solutions, créateurs et innovateurs.

Les Arméniens ont tracé la voie avec les manchettes les plus positives qui soient, au sujet de la Révolution de velours pacifique à laquelle nous avons assisté au printemps dernier. Menée par notre nouveau Premier Ministre Nikol Pachinian, elle a montré au monde entier la résilience du peuple arménien.

Entre-temps, les pays et les continents dans lesquels nous vivons, pour beaucoup d’entre nous, connaissent leurs propres bouleversements politiques. Le Royaume-Uni, les États-Unis, la France, l’Amérique du Sud et le Moyen-Orient sont à un tournant de leur histoire. Pour beaucoup d’entre nous, la vie au quotidien comporte un certain degré d’incertitude. Nous nous interrogeons tous sur le poids à donner aux croyances personnelles et aux convictions politiques. Autant nous nous préoccupons pour notre patrie ancestrale, nous sommes tout aussi impliqués dans le pays dans lequel nous résidons.

Cela fait partie des effets de la mondialisation. Avec chaque génération et avec chaque année qui passe, nous autres, dans la diaspora, adoptons les cultures locales. L’identité arménienne subit une évolution naturelle. Pour certains, la troisième ou la quatrième génération qui a grandi en dehors de la patrie s’est non seulement pleinement intégrée aux traditions locales, elle tend à s’éloigner de sa culture arménienne.

Entre-temps, de nouvelles diasporas se font jour en Europe comme, par exemple en Allemagne, en Espagne, aux Pays-Bas et en Ukraine. Cette tendance se manifeste aussi en Asie, comme en Corée du Sud, où la nouvelle diaspora nous engage à redécouvrir nos racines dans des pays comme le Bangladesh ou le Myanmar. Au vu de tous ces éléments, je parle au nom d’une partie seulement des Arméniens. Nous avons perdu contact avec beaucoup de personnes qui se considéraient arméniennes, durant le siècle passé. Il faut impérativement s’employer à les trouver et à les aider à renouer avec leur patrimoine.

Nous sommes appelés à naviguer en terre inconnue, tout en faisant preuve de souplesse, d’ingéniosité, de vision et, surtout, d’unité.

Trouver une solution ne sera pas chose aisée. Mais une partie de la réponse est claire. Nous, ici dans cette salle, sommes en position d’apporter notre concours. Nous devons offrir des possibilités. Nous devons offrir un moyen de favoriser la croissance. Et nous devons surtout trouver moyen d’engager tous les Arméniens du monde entier et tenir compte des intérêts de la nouvelle génération.

Je voudrais marquer une pause ici pour définir ce que nous entendons par Arméniens. Pour l’UGAB, les Arméniens sont des personnes ou des groupes qui croient dans les valeurs du peuple arménien, compte tenu d’un patrimoine ancestral.  L’arménité ne se mesure pas à l’aune du sang. On ne peut pas être à moitié arménien. On est arménien si l’on se sent arménien et si l’on est fier de s’associer à des valeurs qui nous sont chères.

C’est la raison pour laquelle l’Assemblée générale vient d’adopter un amendement à ses statuts et a décidé d’accueillir comme membre toute personne qui croit aux valeurs de notre organisation. Pour le moment, nous devons trouver des moyens de toucher tous ces Arméniens. L’UGAB a déjà prouvé qu’elle œuvrait dans la bonne direction. Nous mettons à profit la révolution, sur le plan de l’informatique, et la mondialisation au service de notre organisation ainsi que du peuple arménien.

Par exemple, avec notre Université virtuelle arménienne, nous avons à nouveau établi un contact avec ceux qui étaient isolés de la communauté arménienne et nous aidons à présent des apprenants dans 97 pays, dont la Nouvelle-Zélande et le Japon. Nous avons également touché des publics très vastes, y compris des instituts d’enseignement supérieur très respectés, grâce à notre série des Webtalks de l’UGAB. Nous avons maîtrisé les médias sociaux au point où nous pouvons rallier un soutien urgent pour des causes comme le Fonds de secours aux Arméniens de Syrie et l’Aide d’urgence à l’Artsakh.

Grâce à nos efforts, nous avons maintenu notre stature en tant que dirigeants dignes de confiance, toujours prêts à exécuter et à affiner des projets. Notre réputation et notre attitude d’ouverture nous ont aidés à nouer des partenariats qui ont été harmonisés, de manière stratégique, avec des institutions de stature mondiale et des organisations incomparables comme l’Organisation des Nations Unies, l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), le Smithsonian et plus récemment le Metropolitan Museum of Art de New York. Nos sections et nos bureaux ont pris d’importantes mesures pour collaborer avec des organisations non gouvernementales régionales et des institutions culturelles, une fois de plus, établissant des passerelles entre les cultures et faisant entendre la voix des Arméniens au cours de débats majeurs.

Aujourd’hui plus que jamais, il est indispensable, pour notre peuple et pour l’UGAB, d’organiser des activités éducatives et culturelles. Nos dirigeants, dans les sections locales, jouent un rôle vital, dans l’exécution de programmes traditionnels ou novateurs, pour éveiller l’intérêt de nos communautés. Vous avez fait preuve d’un engagement exemplaire, au fil des années, et je vous supplie de continuer de réfléchir à des moyens innovants, pour obtenir la participation des jeunes, mobiliser le public et rallier des causes au sein de la communauté, en tant que groupe. Présentez des programmes qui puissent déclencher d’importants dialogues. Attirez de nouveaux membres. Alors que nous nous attachons à enseigner la langue, l’histoire et le patrimoine, mettons à profit la technologie et les services que nous fournissons, trouvons des moyens innovants d’enseigner et d’inculquer l’identité.

Nous soutenons également une institution primordiale : notre église nationale et le Saint-Siège d’Etchmiadzine ainsi que l’ensemble de notre clergé. Les Arméniens sont depuis longtemps un peuple de la diaspora et sont clairement reliés par un élément commun : notre foi. L’église arménienne a maintenu notre identité intacte pendant plus de 1700 ans et nous confirmons notre détermination à préserver et à perpétuer notre patrimoine et nos valeurs chrétiennes. Nous sommes résolus à garantir l’éducation du nouveau clergé avec l’élaboration de programmes d’enseignement supérieur et de bourses d’études. Notre clergé doit être armé de connaissances et doté de la capacité de travailler avec autrui, et nous devons être prêts à l’aider sur cette voie.

Bien entendu, l’UGAB continuera de porter son attention sur les besoins de l’Arménie et de l’Artsakh. Ils sont le cœur et l’âme de notre grande nation et constituent un domaine prioritaire sur le plan du développement économique et social. Nous avons encore, à cet égard, une vaste tâche à accomplir. Nous sommes déterminés à travailler avec le nouveau Gouvernement pour trouver des moyens de favoriser la croissance et de soutenir une société impliquée qui se soucie du bien-être de la nation et qui croit en la promesse d’une contrée où l’on peut vivre, travailler et élever une famille.

L’UGAB Arménie a réalisé d’importants progrès pour ce qui est de jouer un rôle de premier plan dans le développement économique et social de l’Arménie, ces dernières années. Notre présence physique, sur le terrain, a plus que doublé, ce qui nous a permis de faire partie à la fois des débats et des solutions, dans beaucoup de domaines d’intérêt.

Nous avons organisé d’importants programmes pour encourager et soutenir le secteur de la société civile en Arménie, en mettant en contact les spécialistes de la diaspora avec les organisations non gouvernementales nouvelles. Nous avons lancé des initiatives agricoles pour accélérer le moteur économique en Artsakh et encourager l’exploitation de la terre comme ressource principale. Nous avons récemment créé le programme d’autonomisation des femmes, qui a été couronné de succès et qui donne aux femmes entrepreneurs l’appui et les ressources nécessaires pour créer et agrandir leur petite entreprise. Nous fournissons non seulement aux individus et aux secteurs les compétences et le soutien dont ils ont besoin, nous mettons en place un réseau de personnes motivées, qui ont les mêmes aspirations, sont dotées d’un esprit critique, sont aptes à résoudre les problèmes et qui, ensemble, sont prêtes à modifier le paysage des entreprises, dans toute la région.

Nous continuerons bien entendu de soutenir les instituts d’enseignement supérieur comme l’Université américaine d’Arménie ou l’Université française d’Arménie au moyen de bourses et de subventions. Les élèves et les étudiants dans lesquels nous avons investi ces vingt dernières années sont aujourd’hui à la tête de plusieurs secteurs dans le pays. Nous apprécions la valeur de nos partenariats avec TUMO et avec le Saint-Siège d Etchmiadzine, axés sur la prochaine génération de dirigeants, avec leurs centres novateurs et stimulants pour les activités périscolaires. Nous continuons de nous occuper des retraités qui ont tant contribué à notre nation, tandis qu’ils se rendent aux souples populaires pour les personnes âgées, chaque semaine.

Le potentiel du peuple arménien est infini et nous sommes déterminés à continuer de faire faire fond sur nos programmes et nos partenariats, dans cette même veine.

Tout en allant de l’avant, nous continuerons de soutenir le Gouvernement et les institutions de l’Arménie avec des activités concrètes, pratiques et durables, pour le plus grand bien du plus grand nombre de personnes. Cela comprendra la diaspora qui, de l’avis général, en est venue à être appréciée par le nouveau Gouvernement comme un acteur essentiel dans toute formule de succès. Cela recouvre non seulement nos ressources financières mais également nos compétences dans les secteurs des affaires et de la société civile. Il nous faut travailler en collaboration avec les citoyens d’Arménie, de manière respectueuse.

Je suis fier de dire que malgré le fardeau incroyable de la responsabilité, avec tout ce que nous entreprenons,  l’UGAB continue de se mobiliser au service de tous. Nous savons tous qu’il reste encore beaucoup à faire et que notre résilience, notre détermination et nos compétences nous pousseront à poursuivre notre mission, qui est de servir.

Nous n’aurions pas pu entreprendre tout ce que nous avons fait, pendant le siècle dernier, et nous ne pourrons pas régler les problèmes à venir, sans le soutien de nos membres, de nos amis, des organisations partenaires et, surtout, de nos bienfaiteurs et de nos donateurs, dont le soutien est indispensable. Nous vous remercions d’avoir foi en notre direction et d’unir vos efforts.

Nous attendons avec espoir un avenir encore plus prometteur. Nous restons au service de notre nation ainsi que de nos sociétés de par le monde.

Je vous remercie.

facebooktwitterlinkedinmail